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L'agriculture biologique et l'environnement

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La contribution de l’agriculture biologique dans la réduction de la pollution par les pesticides est bien connue. Elle peut aussi contribuer à améliorer plusieurs autres indicateurs environnementaux. En 2009, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié un rapport sur le potentiel des systèmes agricoles durables pour la mitigation de l’effet de serre[1]. Le rapport insiste sur l’importance de faire évoluer l’agriculture vers des modèles moins dépendants des intrants chimiques. On y souligne que plusieurs composantes de l’agriculture biologique peuvent être appliquées pour améliorer les systèmes agricoles. On y souligne que les sols cultivés en agriculture biologique contiennent davantage de matière organique et permettent ainsi de séquestrer plus de carbone. En outre, l’agriculture biologique réduirait les dépenses énergétiques de 25 à 50% comparativement à l’agriculture basée sur les intrants chimiques

Dans les années 90, la Ville de Munich a réagi à une augmentation de la pollution de sa source d’eau potable par nitrate et pesticides d’origine agricole en investissant dans la transition à l’agriculture biologique des activités agricoles en amont[2]. La ville s’implique dans le développement de la filière biologique de son bassin versant en subventionnant les producteurs biologiques pour leur contribution à la protection de l’eau et en finançant le service-conseil. En outre, elle intervient dans d’autres maillons de la filière en assurant des débouchés aux produits biologiques dans ses propres établissements. La municipalité de 1,3 million d’habitants estime que le coût de son programme de soutien à l’agriculture biologique, près de 830 000 € par an, représente une économie importante : il revient à 0,01 € / m³ d’eau potable protégée tandis que le coût de la nitrification serait estimé à 0,3 € / m³. La ville de New York est un autre exemple de ville cité en modèle pour avoir résolu son problème de qualité de l’eau en faisant des ententes avec des agriculteurs pour améliorer leurs pratiques de gestion des terres[3].

Une revue de littérature publiée dans la revue BioScience en 2005 s’est penchée sur la comparaison du bilan environnemental, énergétique et économique de systèmes agricoles biologiques et conventionnels[4]. Les auteurs concluent que les sols en culture biologique contiennent davantage de matière organique, ce qui aide à la conservation de la ressource-sol et de l’eau tout en offrant une meilleure résilience lors des périodes de sécheresse. La consommation d’énergie fossile par hectare cultivé serait 30% inférieure en culture biologique dans les études analysées (pour des rendements comparables), tandis que les dépenses de main d’œuvre étaient 15% supérieures tout en étant mieux réparties dans le temps. Le système aurait donc un meilleur potentiel de création d’emplois. Par ailleurs, les rotations de cultures et les cultures de couvertures typiques de l’agriculture biologique réduisent l’érosion et les problèmes de ravageurs donc l’usage de pesticides. Le recyclage des déjections animales réduit la pollution et la biomasse générée par l’agriculture biologique augmente la biodiversité. En outre, les technologies développées en agriculture biologique peuvent être adoptées en agriculture conventionnelle afin d’en améliorer le bilan environnemental.

La performance de l’agriculture biologique européenne en rapport à différents indicateurs environnementaux a été analysée dans une revue de littérature européenne exhaustive. L’agriculture biologique se révèle plus performante que l’agriculture conventionnelle en ce qui concerne la biodiversité, et bien qu’il y est reconnu que l’agriculture biologique ne peut pas contribuer directement à la conservation de la nature, elle est le système agricole qui la détériore le moins[5]. Toujours selon cette étude, l’agriculture biologique préserve mieux la fertilité et la stabilité des sols et a un meilleur potentiel de contrôle de l’érosion. La plupart des études revues indiquent que la consommation énergétique est inférieure sur les fermes biologiques. Le lessivage par hectare, de même que les émissions de CO2 seraient environ la moitié moindre en agriculture biologique. Toutefois, ces impacts rapportés par quantité d’aliments produits seraient légèrement supérieurs en régie biologique. Cette problématique fut corroborée récemment par une autre revue de littérature européenne[6]. Ceci met en évidence l’importance de la recherche pour améliorer les rendements de l’agriculture biologique.

La pomiculture est une des productions bien présentes au Québec et est une forte utilisatrice de pesticides de synthèse. Selon une étude comparant la durabilité de la pomiculture conventionnelle, intégrée et biologique dans l’État de Washington, les systèmes biologique et intégré ont une meilleure qualité des sols et des impacts environnementaux négatifs potentiellement plus faibles que le système conventionnel[7]. La qualité des pommes biologiques serait au moins égale ou supérieure aux pommes conventionnelles, tout étant plus rentables. La pomiculture biologique au Québec présente toutefois des défis particuliers et le CETAB+ mène activement des recherches en ce sens.

Une étude américaine a comparé le potentiel de réchauffement global sur le cycle de vie du blé conventionnel et du blé biologique. Selon les résultats obtenus, le pain fait de blé biologique a une empreinte de CO2-équivalent de 30g inférieure au pain fait de blé conventionnel[8]. En revanche, si le blé biologique est transporté 420 km plus loin du marché, son bénéfice par rapport au conventionnel est annulé. Ceci met en évidence l'importance à la fois du mode de production et du transport des aliments dans le bilan environnemental de l’alimentation.

Bien que l’approvisionnement local soit certes un enjeu pertinent, à la fois pour des raisons environnementales, sociales et économiques, la distance parcourue par les aliments n’est pas un indicateur complet du bilan environnemental du système agroalimentaire. Par exemple, selon une étude américaine, les émissions de GES associés à la production et la consommation alimentaire sont dominées par la phase de production, contribuant à 83% de l’empreinte carbone des aliments[9]. Le transport dans l’ensemble représenterait seulement 11% des émissions de GES sur le cycle de vie des aliments, et le transport entre le producteur et le détaillant compterait seulement pour 4% de l’impact. On y mentionne également que les groupes alimentaires présentent des bilans carbone très différents. Par exemple, la production de viande rouge génère 150% plus de GES que la production d’une même quantité de poisson ou de poulet. Ainsi, le mode de production des aliments et les choix alimentaires auraient davantage d’impact sur l’empreinte écologique de l’aliment que son transport. La réduction du transport des aliments nous apparaît alors comme une condition nécessaire, mais non suffisante pour l’évolution vers un système agroalimentaire durable.

Mentionnons enfin que le rapport « Contribution des systèmes de production biologique à l’agriculture durable » publié par le MDDEP en 2011[10] rapporte plusieurs des mêmes bénéfices évoqués ci-haut, par rapport à l’agriculture conventionnelle :

  • Meilleur taux de matière organique dans le sol (stockage de carbone);
  • Diminution des émissions de gaz à effet de serre;
  • Plus faible risque de contamination de l’eau par les pesticides;
  • Amélioration de la biodiversité;
  • Réponse à plusieurs préoccupations sociétales;
  • Meilleure création d’emploi;
  • Limitation des risques d’érosion;
  • Diminution des pertes d’azote;
  • Prestation de paysages agricoles diversifiés et préservation du patrimoine agricole;
  • Meilleur bilan énergétique;
  • Bénéfice d’exploitation équivalent ou supérieur (malgré de plus faibles rendements, grâce à la prime biologique);
  • Implication accrue des agriculteurs biologiques dans le développement du savoir et dans des organisations;
  • Favorise le bien-être des agriculteurs et ménages agricoles.

On y souligne également que de nombreux états mettent en place des mesures d’appui à ce secteur afin d’améliorer la performance environnementale de leur agriculture.

En résumé, la transition à l’agriculture biologique comporte de nombreux bénéfices. Par ailleurs, les pratiques et technologies développées pour l’agriculture biologique peuvent être appliquées aux autres modèles agricoles et en faire bénéficier l’ensemble de la société.

Le CETAB+ contribue à ces objectifs en menant activement des activités de recherche et développement en agriculture biologique, et des activités de transfert technologique afin de faire connaître les meilleures pratiques en agriculture biologique et accompagner les producteurs, biologiques ou non, dans leur adoption.

Rédaction: Geoffroy Ménard, agr., et Wilbène Cénatus, agr.
CETAB+, 2014.


[1] Niggli, U. et al, 2009. Low greenhouse gaz agriculture : mitigation and adaptation potential of sustainable farming systems. FAO. p. 20

[2] Meiffren I., P. Pointerea, Solagro, 2001. Munich : le "bio" pour une eau non traitée. Partage des eaux - Ressources et informations pour une gestion juste et durable de l'eau. En ligne: http://www.partagedeseaux.info/article48.html

[3] Gilles Grolleau, Laura M.J. McCann 2012. Designing watershed programs to pay farmers for water quality services: Case studies of Munich and New York City. Ecological Economics 76 (2012) 87–94

[4] Pimentel et al., 2005. Environmental, Energetic, and Economic Comparisons of Organic and Conventional Farming Systems. BioScience 55(7):573-582.

[5] Stolze et al. 2000. The environmental impacts of organic farming in Europe. Organic farming in Europe: Economics and policy, volume 6. En ligne, https://www.uni-hohenheim.de/i410a/ofeurope/organicfarmingineurope-vol6.pdf

[6] Tuomisto et al, 2012. Does organic farming reduce environmental impacts? A meta-analysis of European research. Journal of Environmental Management 112 (2012) 309-320. 12 p.

[7] Reganold, J. P., Glover, J. D., Andrews, P. K., and Hinman, H. R. 2001. Sustainability of three apple production systems. Nature 410:926-930.

[8] Meisterling, K., C. Samaras et V. Schweizer, 2008. Decisions to reduce greenhouse gases from agriculture and product transport: LCA case study of organic and conventional wheat. Journal of Cleaner Production, Volume 17, Issue 2, January 2009, Pages 222–230.

[9] Weber, C et H. S. Matthews, 2008. Scott.Food-Miles and the Relative Climate Impacts of Food Choices in the United States. Environ. Sci. Technol. 2008, 42, p.3508–3513

[10] Boutin et al., 2011. Contribution des systèmes de production biologique à l’agriculture durable. Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Direction du secteur agricole et des pesticides. 152 p.